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Apaiser des relations conflictuelles

Dans un article récent je vous ai parlé du modèle psychologique connu sous le nom de Triangle de Karpman, décrivant 3 rôles pris par les protagonistes d’une relation malgré eux. En adoptant ce schéma inconsciemment, les parties prenantes s’enferment dans un cercle (ou plutôt triangle) infernal dont elles ont beaucoup de mal à se libérer !

Dans cet article je vous propose de revenir plus en détail sur ce modèle psychologique afin d'en comprendre les fonctionnements, et surtout de découvrir comment s'en libérer.



Rappel sur le triangle de Karpman

Egalement connu sous le nom de triangle dramatique, le triangle de Karpman est un modèle psychologique développé dans les années 60 dans le cadre de l’analyse transactionnelle.

Le triangle de Karpman décrit trois rôles interdépendants : la Victime, le Sauveur (ou Sauveteur) et le Persécuteur (ou Bourreau), qui se répètent dans les relations interpersonnelles et qui peuvent mener au conflit et même à la rupture. Les acteurs ce jeu psychologique alimentent le conflit en alternance, semblant ne pas vouloir trouver d’issue positive à la situation. Chacun retire un intérêt personnel.

Ces rôles peuvent être mis en relation avec ce qu’Eric Berne (fondateur de l’analyse transactionnelle) appelle les « quatre mythes » :

  • Les autres ont le pouvoir de me rendre heureux (Victime en attente d’un Sauveur)

  • Les autres ont le pouvoir de me rendre malheureux (Victime en attente d’un Persécuteur)

  • J’ai le pouvoir de rendre les autres heureux (Sauveur en attente d’une Victime)

  • J’ai le pouvoir de rendre les autres malheureux (Persécuteur en attente d’une Victime)

Utiliser le triangle de Karpman comme outil permet d’identifier les besoins ou attentes sous-jacents :

  • Quel(s) rôle(s) adoptez-vous généralement dans ce triangle infernal ?

  • Celle ou celui qui veut contrôler et qui sait ce qui est bon pour l’autre ?

  • Celle ou celui qui vient en « aide aux autres » ?

  • Ou la victime qui subit les choses, se sent persécutée ?

😿 Le rôle de la victime

La personne se sent impuissante, vulnérable ou maltraitée. Cette personne peut se plaindre, se sentir désespérée ou s’apitoyer sur son sort. Quand on cherche à l’aider ou à la conseiller, elle répond souvent « oui, mais… »

Ses bénéfices : attirer l’attention et la sympathie, obtenir l’aide d’un Sauveur, ne pas avoir à faire d’efforts.

Le problème : fuit ses responsabilités, se complait dans la situation et se maintient dans une posture de dépendance.


En règle générale nous prenons tous une posture de victime à certains moments de notre vie. Face à une situation décourageante, pénible, ou une personne autoritaire ou distante par exemple… La victime utilise la plainte comme moyen pour s’attirer l’attention des autres, pour que l’on s’occupe d’elle, pour se sentir aimée. Mais prendre ce rôle est aussi une manière de trouver un coupable à ses problèmes, et ne pas prendre ses responsabilités dans la situation. Il est plus facile d’accuser les autres que de remettre ses choix ou ses actes en question. La victime trouve donc des excuses. A quoi bon essayer de changer puisque ses problèmes viennent de l’extérieur, des autres ou des circonstances, et ne dépendent pas d’elle ? Et inconsciemment… que deviendrait-elle si on ne s’occupait plus d’elle?


Comment sortir du rôle de Victime ?

Si vous réalisez que vous prenez parfois ce rôle, commencez par accepter ce constat avec bienveillance. Ne le renforcez pas en culpabilisant, vous avez maintenant la possibilité de travailler pour modifier ce schéma ! Notre société actuelle encourage souvent la victimisation en déresponsabilisant les gens, les maintenant en situation de dépendance. Il s’agit d’en prendre conscience et de garder son libre arbitre. Plus une personne est autonome, plus l’indépendance et la liberté deviennent ses moteurs.

Pour ne plus être victime, cessez d’attendre que la situation ou les autres changent. Le changement commence par vous. Certes, il faudra prendre certains risques, entre autres ceux des confrontations et du positionnement. Mais si ce rôle de victime vous gène et limite votre épanouissement, peut-être serait-il temps d’examiner d’autres possibilités, et commencer à vous prendre davantage en main ?

Ce ne sera sans doute pas un chemin facile. Il prend souvent du temps, comme toute véritable transformation. Concrètement, il faudra agir, en faisant preuve de patience et de persévérance. Mais les bénéfices qui vous attendent n’en valent-ils pas la chandelle ?


😈 Le rôle du persécuteur

La personne qui critique, dénigre, attaque ou menace la victime. Cette personne peut être agressive, méchante ou oppressante.

Ses bénéfices : se défouler en libérant ses pulsions, s’imposer, obtenir ce qu’il veut.

Le problème : n’écoute que ses propres besoins en niant ceux des autres, utilise la force et l’agressivité pour se faire respecter en soumettant les autres.


Les personnes qui ont une tendance de persécuteur ont souvent souffert de frustrations dans leur enfance et inconsciemment cherchent à le faire payer aux autres.

Comment sortir du rôle de Persécuteur ?

Vous vous sentez « un peu » dans cette catégorie ? Parfois « critiqueur » ou « persécuteur » ? Il serait intéressant de vérifier ce que cela réveille chez vous :

  • Que réveillent chez vous les reproches faits à l’autre ?

  • Qu’est-ce que vous autorisez ou, au contraire, vous interdisez ?

  • Qu’est-ce qui n’a pas (encore) été solutionné dans votre vie ?

Le persécuteur est prisonnier de son propre contrôle. Il pourrait être utile de s’interroger sur vos réels choix de vie. Par exemple vis-à-vis de votre perfectionnisme :

  • « En quoi est-ce important pour vous d’être parfait(e) ? »

  • « La perfection existe-t-elle et à quel prix ? »

  • « Que se passerait-il si vous n’étiez pas parfait(e) ? »

Sortir du triangle de Karpman, pour un persécuteur, passe souvent par le lâcher-prise.


🧑‍🚒 Le rôle du sauveur

La personne qui cherche à aider ou à protéger la victime. Cette personne peut se sentir supérieure, être condescendante ou envahissante. Elle pense avoir toujours raison et a réponse à tout.

Ses bénéfices : montrer une bonne image, obtenir la confiance et la reconnaissance des autres.

Le problème : il s’occupe des besoins des autres au lieu des siens, et leur impose ses solutions même quand on ne lui a pas demandé d’aide. Il place alors les autres en incapacité ou les infantilise, entretenant leur dépendance.


Le sauveur veut vous aider… sans même demander si vous avez besoin d’aide ! Il vous donne de bons conseils (les siens), vous réconforte, fait même les choses à votre place… au point de devenir parfois envahissant et d’être perçu alors comme un persécuteur. Si la victime se plaint de l’intervention inopinée du sauveur, celui-ci peut passer au reproche : « Après tout ce que j’ai fait pour toi… » et basculer dans le rôle de persécuteur (en reprochant) ou de victime (en se lamentant)

Dans ce triangle infernal, le rôle de sauveur peut cacher une forme de fuite. S’occuper des problèmes d’autrui est parfois le moyen de ne pas s’occuper des siens. L’intervention du sauveur n’est-elle pas une façon de nier ses propres besoins ?


Comment sortir du rôle de sauveur ?

Questions à vous poser si vous avez une tendance à jouer les sauveurs :

  • « En quoi est-ce important pour moi de vouloir à tout prix sauver l’autre ? »

  • « Que se passerait-il si je ne le faisais pas ? De quoi ai-je peur ?»

  • « Est-ce le seul moyen pour nourrir mon égo ? »

Avant d’apporter son aide… commencer par demander si l’autre souhaite être aidé. Cette aide devra être cadrée dans son contenu et dans le temps. Elle devra avoir une contrepartie pour éviter à l’autre d’être en dette… L’aide doit permettre à la personne aidée de faire sa part du chemin et ainsi d’aller vers son autonomie. « Ne lui donnez pas du poisson, apprenez-lui plutôt à pêcher ! »


En résumé, pour éviter de tomber dans votre rôle de prédilection :

  • Persécuteur : Excusez-vous.

  • Victime : Affirmez-vous.

  • Sauveur : Retirez-vous en reconnaissant la capacité de l’autre à s’affirmer.

En plus de prendre conscience de vos mécanismes inconscients, vous pouvez essayer de passer d’un mode de fonctionnement fondé sur les émotions à un fonctionnement fondé sur les faits. La communication non violente s’avère alors un outil très efficace pour s’y employer.



La Communication Non Violente

La CNV est basée sur une écoute bienveillante de ses propres besoins et des besoins de l’autre, visant à identifier des solutions pour satisfaire chacun. Elle demande un certain recul afin de se distancier de ses émotions et de ses jugements pour laisser la place à l’empathie.


🔹 Une approche 360° empathique

La Communication Non Violente considère :

1. La situation (potentiellement conflictuelle)

2. Les sentiments qu’elle éveille

3. Les besoins liés à ces sentiments

4. Ce que nous pourrions demander concrètement pour satisfaire ces besoins

La CNV s’attache aux différents aspects factuels et émotionnels de la situation en se libérant des jugements pour privilégier l’empathie.

Ce processus, établi par Marshall Rosenberg, est connu sous la forme du bonhomme OSBD pour Observer > Sentiment > Besoin > Demande.


🔹 Une communication bienveillante avant tout

Il s’agit d’éviter la Communication aliénante, généralement alimentée par des jugements moralisateurs, qui attribuent un tort à une personne ou ses actes dès lors qu’ils ne sont pas alignés avec nos valeurs. La CNV nous invite à prendre conscience que nos jugements de valeur nous indiquent ce à quoi nous attachons de l’importance. Ce qui ne nécessite pas de juger les autres même si elles ne partagent pas nos valeurs.

La Communication Non Violente nous permet d’observer que nos jugements moralisateurs sont une expression de nos besoins. Dès lors que nous prenons nos responsabilités, nous pouvons alors écouter nos émotions pour identifier nos besoins et les exprimer sans nous couper de la relation.

Exemple « elle est insensible » = « j’ai besoin de plus de tendresse »


🔹 Demander ce qui contribuerait à notre bien-être

Tout d’abord identifier et exprimer nos sentiments. Oser exprimer notre vulnérabilité, nos craintes, peut résoudre des conflits, en permettant à l’autre de mieux nous comprendre.

Alors il s’agit de formuler notre besoin sous forme d’une demande, en utilisant un langage d’action positif (éviter les formules négatives : exprimer ce que l’on veut et non ce que l’on ne veut pas)

🔹 Recevoir avec empathie

Se souvenir qu’un message intimidant n’est que l’expression d’un besoin insatisfait.

Et que le début de ce qu’on aurait pu penser un conflit peut en fait être l’occasion d’aider quelqu’un à se sentir mieux.

Une piste inspirante pour s’ouvrir à une nouvelle façon d’être aux autres et développer des relations plus harmonieuses.


👉 Exemple concret d'une situation qui vous parlera peut-être 😊:

Monique est excédée car Alain a encore laissé la vaisselle sale dans l’évier. Dès qu’il rentre du travail, elle lui bondit dessus :

« Tu ne fais vraiment aucun efforts! J’en ai assez que tu laisses toujours trainer ta vaisselle ! Tu pourrais au moins mettre ton assiette dans le lave-vaisselle au lieu d’attendre que je le fasse à ta place! Je ne suis pas ta mère ! »

Alain, accueilli de cette manière après une longue journée, se sent agressé injustement et répond du tac-o-tac :

« Tu vas pas encore m’emmerder avec ça ! Tu es complètement maniaque ! De toute façon ce que je fais n’est jamais assez bien pour toi ! »

On peut imaginer la soirée que va passer ce couple et l’évolution de leur relation s’ils répètent ce type d’échange régulièrement.

Voyons comment la CNV pourrait permettre de retrouver un dialogue plus apaisé :

Monique, après avoir accueilli son mari calmement, pourrait aborder le sujet de cette manière :

« Quand je suis rentrée j’ai trouvé de la vaisselle sale empilée dans l’évier (1). Cela m’a contrariée, car quand je vois toute cette vaisselle à faire, je me sens oppressée (2). J’ai besoin que la cuisine soit plus propre et ordonnée pour me sentir détendue (3). Pourrais-tu s’il te plait essayer de ranger ton assiette dans le lave-vaisselle après déjeuner ? (4)»

✨ Noter l’importance d’utiliser le pronom « je », plutôt que le « tu » qui amènes facilement au jugement moralisateur et au reproche. L’autre ne se sentira pas attaqué et n’ayant pas besoin de se mettre sur la défensive, sera plus à même de rester ouvert au message et d’y répondre sereinement.


Pour finir : 7 clés pour éviter ce triangle dramatique

On ne peut pas changer l’autre, par contre on peut commencer par SE changer !

Résumons nous en quelques clés :

Le lâcher-prise : Apprenez à exprimer vos convictions sans dénigrer les croyances de l’autre, il en fera l’usage qui lui convient.

L’acceptation de l’autre tel qu’il est : La manière dont l’autre se comporte est moins importante que le chemin que vous parcourez.

Le respect : Vous exprimez ce que vous ressentez et vos demandes sans blesser l’autre en utilisant la communication non violente.

L’indépendance par rapport au résultat de vos actions : Qui êtes-vous pour croire qu’autrui devrait se conformer à vos attentes ? Accepter qu’une demande puisse recevoir un non ou qu’un geste qui part d’une bonne intention soit reçu différemment.

L’abandon de la volonté d’obtenir quelque chose par la manipulation : Si vous menacez (Persécuteur), vous vous plaignez (Victime) ou promettez (Sauveur), l’autre personne vous fera peut-être plaisir mais finira aussi par vous en vouloir.

L’abandon du rapport de force : Par exemple: je suis malheureux à cause de toi (Victime). Tu sais que je fais de mon mieux (Victime) ou Tu sais que je fais tout pour toi, tu n’es jamais content.e (Persécuteur)...

L’abandon de l’amour conditionnel : Par exemple, "si tu m’aimais vraiment tu ferais…." Agissez sans attentes, mais pour vivre en conformité avec vos valeurs, votre spiritualité, ou pour le plaisir de faire plaisir. Si vous donnez en attendant quelque chose en retour, prenez conscience que ce n’est pas de l’amour.

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